Lignes, voiles et carte X : la sécurité à la table

Par L'équipe de la Guilde

· 4 min de lecture

Le jeu de rôle a ceci de particulier qu'il fabrique des émotions réelles à partir de choses imaginaires. C'est exactement ce qu'on lui demande. C'est aussi pour cela qu'il vaut mieux savoir comment s'arrêter.

Les outils qui suivent ne sont ni des règles, ni des précautions médicales. Ce sont des conventions de table, aussi banales que de convenir qu'on ne parle pas tous en même temps.

Pourquoi le sujet mérite cinq minutes

Une table de jeu de rôle réunit souvent des gens qui ne se connaissent pas. Personne ne sait ce que la scène qui arrive va réveiller chez le voisin. Et personne, à ce moment-là, n'a envie de lever la main pour dire « ça, non ».

Les outils de sécurité servent précisément à cela : rendre le « non » facile, rapide et sans explication. C'est tout leur intérêt. Un outil qui oblige à se justifier n'est pas utilisé.

Les outils proactifs : lignes et voiles

Ils se posent avant de jouer, en session zéro ou au tour de table d'ouverture.

Les lignes

Une ligne désigne un contenu qui n'entrera pas dans le jeu. Pas en arrière- plan, pas en allusion, pas du tout. On les recueille sans commentaire, on les note, on les respecte.

Les voiles

Un voile désigne un contenu qui peut exister dans la fiction, mais qui restera hors champ : on sait que la scène a eu lieu, on ne la décrit pas. C'est la coupure de caméra du cinéma. Elle permet de garder la gravité d'un thème sans en imposer le détail.

La différence tient en une phrase : la ligne dit « ça n'existe pas », le voile dit « ça existe, mais on ne le regarde pas ».

Les outils réactifs : la carte X et ses variantes

Les lignes et les voiles couvrent ce qu'on a su anticiper. Le reste — et il y en a toujours — demande un outil qui fonctionne pendant la partie.

Comment ça marche

La carte X est une carte, une feuille, un objet quelconque marqué d'une croix, posé au centre de la table. N'importe qui peut le désigner du doigt, à n'importe quel moment. On s'arrête, on recule la scène, on change de sujet ou on fait une pause. Sans explication, et sans qu'on demande laquelle.

Il en existe des variantes : un code couleur emprunté au grandeur nature (vert pour « on peut aller plus loin », jaune pour « on reste à ce niveau », rouge pour « on arrête »), ou des boîtes à outils plus complètes comme Script Change, qui proposent d'avancer, de revenir en arrière ou de faire une pause comme sur une télécommande.

En ligne

Autour d'une table virtuelle, le geste courant consiste à croiser les avant-bras devant la caméra, ou à écrire un simple « X » dans le canal de discussion. Prévoyez-le : à distance, un silence gêné ne se voit pas.

Les présenter sans plomber l'ambiance

C'est la vraie difficulté, et elle est de forme, pas de fond.

  • Dites-le en trois phrases, au même titre que les règles de jets de dés. Un long discours dramatise ce qui devrait être ordinaire.

  • Posez l'objet. Un outil rangé dans un tiroir n'est pas un outil.

  • Utilisez-le vous-même une fois. Si le Maître du Jeu désigne la carte le premier, il vient de prouver qu'elle est utilisable.

  • Ne demandez jamais pourquoi. C'est la règle qui fait tenir toutes les autres.

Ce qui se passe après

Rien de spectaculaire, en général : on recule d'une scène, on formule autrement, on avance. La partie continue.

Si vous voulez en parler, faites-le après la séance et en privé, et seulement si la personne le propose. Et notez discrètement le sujet : il vient d'entrer dans vos lignes, sans que personne ait eu à le dire à voix haute.

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